Rick Brewster développe Paint.NET depuis 20 ans. 700 000 lignes de code dans le projet principal. Il avait un problème qu’il estimait insoluble depuis des années : faire tourner son logiciel sous Linux via WINE. Claude vient de résoudre ça en 180 000 lignes. Sans que Brewster les relise en détail. Et il l’assume publiquement.
Le problème qui durait depuis des années

Direct2D, c’est l’API graphique de Microsoft que Paint.NET utilise à fond. WINE, la couche de compatibilité qui permet de faire tourner des applications Windows sous Linux, ne l’implémente pas correctement. Résultat : Paint.NET sur Linux, c’était une friction permanente, et une excuse pour ne jamais vraiment porter le logiciel.
Brewster le dit lui-même dans un post de forum publié le 2 septembre : « Direct2D a toujours été le plus grand obstacle pour Paint.NET sur WINE. »
La solution classique aurait demandé des mois de développement spécialisé, peut-être des années. Pour un développeur solo sur un projet qu’il maintient en parallèle, ça voulait dire : jamais.
180 000 lignes, et Claude tient la plume
Brewster a donc demandé à Claude de réécrire Direct2D. Pas de la complétion de code, pas du débogage ponctuel : une implémentation complète, de zéro, d’une API graphique complexe. Le résultat s’appelle PaintDotNet.Windows.Direct2D1.Managed.dll. 180 000 lignes de code.
Pour donner une échelle : c’est 25 % du code total de Paint.NET, écrit en un seul chantier, par une IA.
Ce qui est remarquable, c’est la franchise de Brewster sur le processus. Il appelle ça du « vibe coding » et ne tente pas de l’habiller autrement : « La majorité de ce code n’a pas été examinée en détail. » Et il ajoute ce que peu de développeurs osent dire publiquement :
Sans Claude, cela n’aurait JAMAIS eu lieu.
Rick Brewster, créateur de Paint.NET (20+ ans sur le projet)
Le vibe coding en production : les limites que Brewster nomme
Brewster ne cache pas les frictions. Il a dû corriger plusieurs erreurs de gestion des ressources, des décisions architecturales que Claude avait prises sans les valider suffisamment. Ce n’est pas un testimonial propre sur l’IA : c’est un compte-rendu honnête d’un chantier hybride où l’IA fait le gros du travail et l’humain répare ce qui coince.
Et Brewster a quand même choisi de pousser. Il a publié une version « extrêmement expérimentale », avec une documentation claire sur les limites. Le logiciel tourne sur WINE. Le bug tracker fera le reste. C’est une posture qui mérite qu’on s’y arrête.
Ce que ça change pour toi
Si tu construis quelque chose, voilà ce que cette histoire dit concrètement :
- Des tâches qui te semblent impossibles ne le sont peut-être plus. Brewster a 20 ans d’expérience sur Paint.NET. Il connaît son code, il sait ce qu’il veut, il a su quoi demander et comment valider le résultat. C’est ce cadrage précis qui a rendu utilisables 180 000 lignes générées.
- Le vibe coding a un coût différé. Les 180k lignes marchent, mais elles n’ont pas été relues en détail. Dans 6 mois, quand un bug surgira dans ce module, quelqu’un devra comprendre du code qu’il n’a pas écrit, dans un domaine spécialisé. C’est le contrat que tu signes quand tu publies sans relire.
- La transparence change tout. Brewster a publié ça en disant clairement : « c’est expérimental, voilà comment c’est produit, voilà ce que j’ai dû corriger. » Sa crédibilité sort renforcée, pas entamée. La honte n’est pas dans la méthode, elle serait dans la dissimulation.
Ma lecture
Ce qui me frappe dans cette histoire, ce n’est pas les 180 000 lignes. C’est que Brewster savait exactement pourquoi il avait besoin de ce module, ce qu’il devait faire, et ce qu’il ne pouvait pas tester seul. Ce cadrage, c’est encore un travail humain. L’IA écrit les lignes. Mais c’est toi qui décides lesquelles méritent d’exister.
La plupart des gens qui font du vibe coding se retrouvent avec du code qu’ils ne comprennent pas, pour des raisons qu’ils n’ont pas anticipées. Brewster, lui, avait une contrainte technique précise, un périmètre clair, et un projet assez mature pour savoir quoi tester. Le résultat, c’est que ses 180k lignes sont en production. Les tiennes le seront-elles ?
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