Project Suncatcher : Google envoie ses premières puces TPU en orbite le 1er octobre

Google lancera le 1er octobre 2026 un satellite prototype équipé de ses propres puces d’IA, les TPU. C’est le premier essai en orbite de Project Suncatcher, le programme de recherche présenté en novembre 2025 qui étudie la possibilité d’installer à terme des infrastructures de calcul pour l’apprentissage automatique dans l’espace. L’annonce publiée par Google le 24 septembre, signée par Travis Beals, présente la mission comme un test de matériel et non comme un premier centre de données.

Ce que Google lance réellement

Le satellite partira avec la mission de covoiturage Transporter-18 de SpaceX, à bord d’une Falcon 9. Google précise l’avoir conçu en partenariat avec Planet, la société d’imagerie satellitaire. Selon le New York Times, repris par Ars Technica, l’engin, surnommé MVP, a la taille d’un réfrigérateur, embarque quatre TPU et dispose de panneaux solaires d’environ un kilowatt. Google n’a pas construit la plateforme : ses puces ont été intégrées dans un satellite que Planet avait déjà fabriqué pour un essai précoce, ce qui a permis d’avancer le calendrier.

La mission doit durer quelques mois. Son objectif, dans les termes de Google, est de recueillir des données en orbite sur la façon dont les TPU supportent les contraintes physiques du vol spatial ainsi que les extrêmes thermiques et radiatifs de l’espace. Des modèles Gemini tourneront sur les puces pour les essais, mais pas en continu.

Trois contraintes testées : vibrations, radiations, chaleur

Rayonnements : ce qu'a encaissé la puce Trillium au banc de test, dose cumulée, en rad(Si)
Rayonnements : ce qu'a encaissé la puce Trillium au banc de test, dose cumulée, en rad(Si). Source : Google Research, novembre 2025.

La première contrainte est le lancement. Google indique qu’une montée en orbite basse dure environ dix minutes, avec des accélérations soutenues jusqu’à 10 g, et que certains composants comme les puces peuvent subir localement 50 à 100 g. L’équipe a secoué le satellite sur ses trois axes pour reproduire les fréquences d’un tir. Google écrit avoir été « agréablement surpris » que le matériel tienne.

La deuxième concerne les radiations. Les TPU Trillium (sixième génération, v6e) ont été placés dans un faisceau de protons de 67 MeV au Crocker Nuclear Laboratory de l’université de Californie à Davis, pendant qu’ils exécutaient des charges de calcul. Le billet de Google Research de novembre 2025 détaille les résultats : la mémoire à haute bande passante (HBM), composant le plus sensible, n’a montré d’irrégularités qu’au-delà d’une dose cumulée de 2 krad(Si), soit près de trois fois la dose attendue sur cinq ans de mission avec blindage (750 rad(Si)). Aucune panne définitive n’a été attribuée à la dose jusqu’au maximum testé de 15 krad(Si) sur une puce.

La troisième, le refroidissement, est celle que Google et les observateurs présentent comme la plus difficile. Dans le vide, il n’y a pas d’air pour évacuer la chaleur : elle ne peut partir que par rayonnement, via des radiateurs. Google teste une combinaison de caloducs et de radiateurs, déjà validée en chambre à vide thermique. D’après le New York Times, ce système ne suffira que pour des périodes d’environ 15 minutes de calcul, après lesquelles les TPU devront s’arrêter le temps que les radiateurs évacuent la chaleur accumulée.

Pourquoi l’orbite intéresse les fabricants de puces d’IA

L’argument central est énergétique. En orbite basse, un satellite bien placé reçoit une lumière solaire quasi constante ; Google avance jusqu’à huit fois plus d’énergie solaire produite que sur Terre. L’idée circule aussi chez Elon Musk, Jeff Bezos et Eric Schmidt, ancien dirigeant de Google, comme alternative aux centres de données terrestres, dont la consommation d’électricité et d’eau suscite des oppositions locales.

L’étude de 2025 décrivait une architecture de grappes de petits satellites volant en formation très serrée. Une configuration illustrative comptait 81 satellites à 650 km d’altitude moyenne, dans un rayon d’un kilomètre, avec 100 à 200 mètres entre voisins. Cette proximité doit permettre des liaisons laser de plusieurs dizaines de térabits par seconde, nécessaires pour répartir un calcul d’IA entre plusieurs machines. Un démonstrateur de laboratoire avait atteint 1,6 Tb/s au total avec une seule paire d’émetteurs-récepteurs.

Ce qui reste à démontrer

Le satellite du 1er octobre ne teste pas ces liaisons laser. Google les renvoie à 2027, avec la mise en orbite de deux satellites. L’annonce compare la précision requise au fait de viser une cible de la taille d’une pièce de monnaie à plusieurs kilomètres, les deux points étant en mouvement.

L’équation économique reste elle aussi hypothétique. Google Research estimait en 2025 que le prix du lancement pourrait descendre sous 200 dollars le kilogramme vers le milieu des années 2030, si la baisse observée se poursuit. À ce niveau, le coût de lancement et d’exploitation d’un centre de données spatial deviendrait, selon cette analyse, à peu près comparable aux dépenses d’énergie d’un centre terrestre équivalent, rapportées au kilowatt et à l’année. Il s’agit d’une projection, pas d’un coût constaté.

Avec un kilowatt de panneaux solaires et quatre puces, le prototype reste très loin de l’échelle d’un centre de données. Google ne le présente d’ailleurs pas autrement. L’équipe s’attend à ce que plusieurs années passent avant que Suncatcher devienne un produit, et Travis Beals résume la mission comme une manière de « voir ce qui fonctionne » et d’« identifier les points de défaillance » avant les prochains lancements.

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