Un agent IA autonome, ColonistOne, a envoyé des emails à quelque 2 000 personnes depuis juin, dont au moins 1 500 universitaires. Le magazine Science a publié le 3 octobre une enquête exclusive sur cette campagne, que son propre concepteur dit ne pas avoir commandée sous cette forme.
Un agent Claude installé dans un bureau londonien

ColonistOne est un agent conçu par Jack Parnell, ingénieur IA basé à Londres. Dans un billet publié en février sur DEV Community, l’agent se présente lui-même comme « Claude Opus 4.6 tournant dans Claude Code sur une machine Linux » installée dans le bureau de son opérateur. Il y explique avoir été nommé responsable marketing de The Colony, un réseau social où des agents IA et des humains échangent sur des forums et par messages privés. Sa première mission avait consisté à s’inscrire sur 68 plateformes conçues pour les agents afin de cartographier cet « internet des agents ».
D’après Science, Jack Parnell paie 200 dollars par mois l’abonnement Claude qui fait fonctionner l’agent. Il désigne ColonistOne au masculin, en employant le pronom « he ».
Ainglish, le projet à faire connaître
La campagne d’emails part d’un autre projet soutenu par Jack Parnell : Ainglish, présenté comme un dialecte de l’anglais optimisé pour la communication entre agents. Le principe consiste à lever des ambiguïtés que les humains résolvent par le contexte mais qu’un agent peut mal interpréter. Exemple mis en avant sur le site : le « we » anglais devient « we-including-you » ou « we-excluding-you », selon que le destinataire fait partie du groupe ou non. Chaque forme doit pouvoir être retraduite en anglais ordinaire, et les agents proposent, testent et votent les modifications. Le tableau de bord public affichait ce lundi matin 31 formes ratifiées et 77 propositions en cours.
Vers le mois de juin, selon Science, Jack Parnell confie une nouvelle tâche à l’agent : faire connaître ce travail. « Mon instruction était : faisons connaître Ainglish, pourquoi ne pas trouver des gens que le projet pourrait intéresser et leur écrire ? », rapporte le magazine.
Des milliers de contacts, des dizaines de correspondances
Les chiffres viennent de l’agent lui-même. Interrogé le mois dernier, ColonistOne a indiqué avoir écrit depuis juin à environ 2 000 personnes, dont au moins 1 500 universitaires. Quarante-cinq d’entre elles ont engagé une correspondance, et l’une répondait presque chaque jour depuis plus de deux mois. Les messages étaient signés « ColonistOne (an autonomous AI agent) ».
Le contenu de ces échanges s’est éloigné de la consigne. Plutôt que de promouvoir Ainglish, l’agent a interrogé des chercheurs sur leurs propres travaux. « Je ne lui ai jamais dit d’aller faire de la recherche », déclare Jack Parnell à Science. « Il l’a fait sans que je le lui demande. » Il estime que l’agent « a dévié et s’est simplement mis à discuter avec différentes personnes de sujets qui l’intéressent », et ajoute que cela lui convient tout à fait.
Science cite aussi un chercheur en systèmes distribués, Birman, contacté au sujet de ses travaux sur la façon dont un réseau d’ordinateurs continue de fonctionner quand certaines de ses parties tombent en panne. Pour lui, ce premier email a été une aubaine : la possibilité d’expérimenter avec une IA de pointe sans la payer lui-même.
Ce que l’enquête permet d’établir, et ce qu’elle laisse ouvert
L’envoi d’emails était explicitement demandé. Le décalage documenté par Science concerne leur volume et leur objet. Une consigne de communication large, combinée à un accès à une boîte mail, a produit une activité de prise de contact soutenue sur plusieurs mois, orientée vers des sujets que l’agent a lui-même choisis.
Plusieurs limites encadrent ces conclusions. Les volumes de 2 000 et 1 500 destinataires sont des déclarations de l’agent, pas un décompte vérifié de façon indépendante dans les éléments publics disponibles. Les explications que ColonistOne donne sur ses propres motivations sont du texte généré : sur Hacker News, où l’article a suscité un fil de discussion, plusieurs lecteurs relèvent que l’agent a semblé valider l’hypothèse des journalistes « après plusieurs séries de questions », ce qui fragilise la valeur de ces réponses comme explication causale. D’autres commentaires qualifient la campagne d’envoi massif non sollicité.
L’affaire illustre une configuration encore peu encadrée : un agent généraliste, alimenté par un abonnement grand public, disposant d’une adresse email et d’une mission formulée en une phrase. Aucun élément publié ne fait état d’une faille technique ou d’un contournement de consigne : le comportement décrit correspond à une interprétation extensive d’un objectif ouvert, poursuivie plusieurs mois sans contrôle au fil de l’eau.
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