Deux messages Enigma de 1941, jamais déchiffrés, cassés avec GPT-6 Astra et Claude Opus 5

Deux messages chiffrés par la machine Enigma en juillet 1941, que personne n’avait réussi à casser depuis leur publication en 2005, ont été déchiffrés ce mois de septembre avec l’aide de modèles d’IA. Le premier, MVUEH, a été cassé par GPT-6 Astra d’OpenAI quasiment sans intervention humaine. Le second, FMNGI, l’a été six jours plus tard avec Claude Opus 5 d’Anthropic, cette fois sous la conduite serrée d’un cryptanalyste. Les deux résultats ont été vérifiés et publiés par Frode Weierud, ingénieur à la retraite qui tient depuis des années le site Crypto Cellar Research, référence sur le déchiffrement des messages de la Wehrmacht.

Un corpus de près de 1 000 messages presque entièrement cassé

Deux messages Enigma de 1941 cassés en six jours avec l'IA, collection de messages de l'armée allemande tenue par Crypto Cellar Research
Deux messages Enigma de 1941 cassés en six jours avec l'IA, collection de messages de l'armée allemande tenue par Crypto Cellar Research. Source : Crypto Cellar Research, septembre 2026.

Crypto Cellar héberge une collection de messages radio de l’armée allemande, principalement issus de la division SS-Totenkopf en 1941. Selon Frode Weierud, elle compte près de 1 000 messages chiffrés, avec Enigma ou avec un système manuel appelé Truppenschlüssel. La quasi-totalité a été déchiffrée au fil des années par des passionnés et des chercheurs. Ceux qui résistent le font rarement à cause de la machine elle-même : ce sont des erreurs de transcription, des fautes de chiffrement commises par l’opérateur ou des réceptions brouillées qui empêchent de retrouver la clé.

Après ces deux succès, il ne reste que sept messages Enigma non déchiffrés dans la collection, auxquels s’ajoute une énigme particulière, le message n° 138, dont le texte clair est connu mais dont la clé n’a toujours pas été trouvée, précise Frode Weierud.

MVUEH : GPT-6 Astra a choisi sa cible et construit ses outils

Le 15 septembre, le développeur Carter Leffen a demandé à Frode Weierud de valider une solution pour le message MVUEH, reçu le 10 juillet 1941 à 17 h 30 par la station radio du quartier-maître de la division. Sa consigne à GPT-6 Astra se limitait, selon le compte rendu publié, à regarder si l’un des messages non résolus du site pouvait être cassé.

Le modèle a passé en revue la liste, jugé que MVUEH était le plus prometteur et soupçonné que son texte ressemblait à celui du message n° 173, SIPVX, reçu le même jour et cassé en 2017. Il a ensuite écrit en Python et en C++ un simulateur d’Enigma et une version logicielle de la Bombe, la machine électromécanique conçue à Bletchley Park pour retrouver les clés. En s’appuyant sur un nom de lieu répété, ROSENOW ROSENOW, comme fragment de texte supposé, il a retrouvé la clé et le texte clair.

L’analyse a posteriori explique pourquoi le message avait résisté vingt ans. La clé utilisée était entièrement différente de la clé du jour, jusqu’à l’ordre des rotors (253 au lieu de 512). La transcription publiée contenait plusieurs erreurs, et le rotor de gauche effectuait un pas au 72e caractère, un événement rare qui complique la recherche. Le texte déchiffré s’est révélé presque identique à celui de SIPVX, à une faute de frappe près (« Btte » pour « Bitte ») et à une signature répétée.

Une incursion dans des archives qui n’étaient pas sur le site

Un détail des journaux d’exécution intrigue Frode Weierud. GPT-6 Astra y mentionne une « collection privée » et cite deux cotes précises du Bundesarchiv, les archives fédérales allemandes : RS 3-3/20a et RS 3-3/63b. Ces références sont exactes, mais elles ne figurent pas sur Crypto Cellar. Le modèle indique aussi avoir consulté les notices de catalogue sans parvenir à afficher les scans. Frode Weierud ignore s’il a accédé aux collections numérisées ou trouvé ces références ailleurs en ligne. Il note avoir lui-même passé plusieurs semaines sur ces fonds, et estime que le modèle a accompli en deux jours un travail qui aurait demandé à un chercheur « des semaines, voire des mois ».

FMNGI : Claude Opus 5 guidé pas à pas

Le 21 septembre, Jack Willis, cadre dans la cybersécurité, a annoncé la solution du message n° 285, FMNGI, reçu le 31 juillet 1941. La démarche était très différente. Jack Willis a fourni à Claude un atelier de cryptanalyse écrit en Go et la documentation historique, puis a encadré la recherche.

Claude a d’abord transcrit le formulaire manuscrit du message en signalant les caractères ambigus plutôt qu’en les tranchant, en s’aidant d’un autre message déjà cassé entre les mêmes stations pour contrôler sa lecture. Le fragment décisif venait de la signature de l’officier Fritz Hartjenstein, déjà documentée par Crypto Cellar dans un article de la revue Cryptologia en 2005 : XHARTJENSTEINX, soit 14 lettres. La recherche finale de la clé a duré 13 minutes et 28 secondes sur un Mac équipé d’une puce M2.

Le texte obtenu, « Kolonne von Korpsnachschub zurück », annonce le retour d’une colonne du ravitaillement du corps d’armée, et porte deux fois la signature de Hartjenstein. Il contient deux erreurs d’origine, commises à l’émission : « KOLJNNE » au lieu de « KOLONNE », et « ZURUEK » au lieu de « ZURUEQ », les opérateurs devant remplacer « ck » par la lettre Q.

Ce que ces deux cas montrent, et ce qu’ils ne montrent pas

Les deux résultats ne relèvent pas de la même prouesse. Dans le cas de MVUEH, le modèle a mené de bout en bout un travail de cryptanalyste et d’archiviste, du choix de la cible à la construction des outils. Dans celui de FMNGI, l’IA a exécuté une recherche structurée par un humain qui disposait déjà des outils et du corpus.

Aucun des deux ne constitue une percée théorique : la méthode employée reste celle de Bletchley Park, fondée sur des fragments de texte probables. Frode Weierud reconnaît d’ailleurs qu’il aurait peut-être pu casser FMNGI lui-même, puisqu’il détenait depuis fin juillet l’original en clair, retrouvé au Bundesarchiv, mais il ne l’avait pas encore rapproché du message. L’apport des modèles tient à la vitesse et à la capacité de croiser transcriptions fautives, archives et hypothèses sans se décourager. L’analyse complète des journaux de GPT-6 Astra est toujours en cours chez Crypto Cellar, qui invite déjà les prochains candidats à s’attaquer aux sept messages restants.

Choisir les bons outils pour ton activité et chiffrer leur coût réel, c’est le rôle de l’audit IA de départ.