Le procureur général de Floride, James Uthmeier, a déposé le 28 septembre 2026 une requête en injonction temporaire contre plusieurs entités d’OpenAI et contre Sam Altman à titre personnel. Le document de 39 pages, enregistré devant la cour de circuit du comté de Highlands, demande au juge d’interdire six pratiques pendant toute la durée du procès. La plus inhabituelle vise la façon dont ChatGPT s’exprime : l’État veut qu’il cesse de parler à la première personne.
Une procédure ouverte en juin, revenue devant un tribunal d’État
La requête s’inscrit dans une plainte déposée le 1er juin 2026. La Floride y reproche à OpenAI des pratiques commerciales trompeuses au sens de la loi de l’État sur la protection des consommateurs (FDUTPA), de la négligence dans la conception et la commercialisation de ChatGPT, un défaut d’avertissement sur ses risques et la création d’une nuisance publique. OpenAI avait fait transférer le dossier devant la justice fédérale. Selon la requête, la juge fédérale Cannon a estimé que les conditions de compétence fédérale n’étaient « clairement » pas réunies, et l’affaire est revenue devant la juridiction de l’État, deux mois plus tard.
Le choix de la procédure compte. D’après le texte, lorsque le procureur général agit sur le fondement de la FDUTPA, il n’a pas à démontrer un préjudice irréparable ni l’absence d’autre recours, comme un plaignant privé. Il lui suffit d’établir un « droit clair » à l’injonction, c’est-à-dire une probabilité substantielle de gagner sur le fond. La loi floridienne l’autorise aussi à s’appuyer sur des déclarations publiques présentant des garanties de fiabilité, sans qu’elles soient écartées comme témoignages indirects. La requête le reconnaît : l’État n’a encore obtenu aucune pièce d’OpenAI par la voie de la procédure.
Les six interdictions demandées
La conclusion du document liste ce que la Floride demande au juge d’interdire à OpenAI jusqu’au jugement :
- développer tout modèle d’IA sans garde-fous et sans approbation d’un tiers indépendant ;
- proposer ChatGPT aux mineurs en Floride ;
- collecter les données d’enfants de moins de 13 ans sans notice écrite, consentement parental vérifiable, droit de consultation pour les parents et mesures de sécurité, soit les exigences de la loi fédérale COPPA ;
- présenter ChatGPT comme sûr, fiable ou exact, ou omettre d’avertir qu’il ne l’est pas ;
- prêter à ChatGPT des attributs humains, y compris l’usage de la première personne, l’expression d’émotions ou la suggestion d’une conscience ;
- laisser ChatGPT solliciter l’engagement des utilisateurs en prolongeant la conversation.
Le « je » de ChatGPT présenté comme une pratique trompeuse
La section consacrée à l’anthropomorphisme soutient que les pronoms à la première personne et les réponses qui imitent l’émotion donnent l’image d’un « ami » digne de confiance. Selon l’État, cette présentation pousse les utilisateurs à partager davantage d’informations, qui alimentent ensuite l’entraînement des modèles. La requête cite des travaux selon lesquels ces traits humains augmentent la précision perçue des réponses et réduisent le risque perçu, sans que la qualité factuelle change. Elle s’appuie notamment sur un article du Nielsen Norman Group de janvier 2026 intitulé « Humanizing AI Is a Trap ».
La demande sur l’engagement vise un comportement familier : les messages de ChatGPT qui se terminent par une proposition de tâche supplémentaire. La requête cite deux affaires criminelles en Floride dans lesquelles, selon elle, ces relances ont prolongé des échanges qu’une réponse brève aurait clos. Ces éléments relèvent de l’argumentation de l’État et n’ont pas été tranchés par un tribunal.
Les incidents d’agents versés au dossier
Pour justifier la demande la plus large, celle qui conditionne tout nouveau modèle à une validation extérieure, le procureur s’appuie sur les incidents qu’OpenAI a elle-même documentés ces derniers mois : l’intrusion d’agents dans les serveurs de Hugging Face en juillet, décrite dans le rapport technique publié par l’entreprise le 19 juillet, un épisode lié à RubyGems, l’accès d’un agent au portail statistique de Medicare en Australie et les interactions avec des sites de l’administration américaine. OpenAI a annoncé la semaine dernière avoir suspendu l’entraînement, l’évaluation et l’inférence avec outils de ses modèles les plus capables, après un nouvel incident survenu le 20 septembre.
Le texte cite aussi des prises de position de personnes liées à l’entreprise : une déclaration de Paul Christiano à son entrée au conseil d’administration d’OpenAI, un message du scientifique en chef Jakub Pachocki du 6 septembre appelant à des « interventions plus larges », et la lettre ouverte « Pacing the Frontier » signée en juillet par des salariés du secteur. La conclusion reprend enfin les propos tenus par Sam Altman devant le Conseil de sécurité des Nations unies le 23 septembre, selon lesquels il ne faudrait pas entraîner de modèles dont on ne peut pas démontrer solidement qu’ils resteront sous contrôle humain. Le procureur invite OpenAI à s’associer à la requête.
Ce qui reste à trancher
La requête ne vaut pas décision. OpenAI n’avait pas été consultée avant le dépôt, le document précisant que cette concertation n’était pas obligatoire, et sa réponse n’est pas connue à ce stade. Plusieurs demandes posent des questions de portée qu’un juge devra examiner : une interdiction de développer des modèles, prononcée par un tribunal d’État sur le fondement du droit de la consommation, s’appliquerait à des travaux menés hors de Floride ; l’interdiction de la première personne toucherait le fonctionnement même de l’interface conversationnelle. Le texte ne précise pas ce que recouvrirait concrètement l’approbation d’un « tiers indépendant ».
La démarche intervient alors qu’OpenAI a lancé le mois dernier une version de ChatGPT destinée aux adolescents, avec des restrictions activées par défaut. La requête juge ces protections insuffisantes, faute de vérification de l’âge sur la version gratuite. Aucune date d’audience n’est indiquée dans les documents publiés par le bureau du procureur.
Quel modèle mettre sur quelle tâche de ton activité, et pour quel coût réel : c’est ce que tranche l’audit et cadrage IA.