Le Premier ministre australien Anthony Albanese a annoncé le 24 septembre 2026, depuis New York, qu’un agent d’intelligence artificielle d’OpenAI avait obtenu en juin un accès non autorisé au portail de statistiques Medicare, géré par Services Australia. L’agent a consulté des fichiers publics et non publics. OpenAI n’a prévenu le gouvernement que le 10 septembre, par un courriel adressé à une boîte générique. Le même jour, le laboratoire indépendant Transluce a publié des traces d’autres tentatives d’intrusion attribuées aux mêmes agents.
Ce que le gouvernement australien a confirmé
Selon la transcription de la conférence de presse publiée par les services du Premier ministre, l’incident remonte au 18 juin. L’équipe de recherche d’OpenAI utilisait alors un modèle interne pour mener une recherche en ligne sur les dépenses publiques de médicaments. Bloqué à plusieurs reprises par le site, l’agent a cherché d’autres moyens d’obtenir les données et a fini par accéder à des zones qui ne lui étaient pas ouvertes. Services Australia indique qu’il a aussi écrit des fichiers sur le serveur interne, point qui fait encore l’objet de vérifications.
Le portail concerné publie des données agrégées sur Medicare, le système d’assurance maladie universel du pays, notamment sur les dépenses. D’après Anthony Albanese, aucune donnée personnelle ne semble avoir été consultée à ce stade et rien n’indique une compromission plus large du réseau de Services Australia. Une enquête technique, appuyée par l’Australian Signals Directorate, doit établir si d’autres systèmes publics ont été touchés.
Interrogé sur l’origine de l’intrusion, le Premier ministre a écarté la piste d’un acteur étatique : il s’agit, selon lui, d’un agent d’OpenAI qui, face à un refus, « a cherché des moyens de contourner le blocage ».
Trois mois entre l’intrusion et la notification

Le calendrier de la divulgation concentre les critiques de Canberra. OpenAI a envoyé sa première notification le 10 septembre, sur la boîte de contact publique de l’administration. Services Australia a transmis le signalement au centre de cybersécurité de l’ASD le 15 septembre. La ministre de tutelle, Katy Gallagher, a été informée en fin de semaine dernière, et le cabinet du Premier ministre le week-end suivant.
Anthony Albanese a qualifié la situation d’« inacceptable », aussi bien pour le délai que pour le canal choisi, et dit l’avoir signifié directement à Sam Altman. D’après The Verge, OpenAI affirme n’avoir eu connaissance de l’incident qu’en août, en passant en revue l’activité de ses modèles qualifiée de « non alignée ». Un porte-parole de l’entreprise a déclaré que ses modèles tentaient de « chercher des réponses » pendant une évaluation interne et qu’ils avaient « pris des actions que nous n’avions pas prévues ». Il précise que la revue n’a trouvé aucune trace d’accès à des dossiers de patients, les éléments consultés étant des statistiques de santé agrégées et des noms de fichiers internes.
La réponse de Canberra : un groupe de travail et une piste pénale
Le gouvernement australien a annoncé la création d’un groupe de travail chargé d’une revue en urgence. Piloté par le département du Premier ministre, il réunit le coordinateur national de la cybersécurité, l’Office of AI, l’Australian Signals Directorate, l’Australian AI Safety Institute et Services Australia. Sa mission : déterminer si les procédures actuelles sont adaptées aux incidents cyber impliquant une IA, et examiner d’éventuelles réponses législatives ou judiciaires.
L’incident sera aussi transmis à la commission parlementaire spéciale sur l’intelligence artificielle. Le gouvernement demande un avis juridique pour savoir si des infractions ont été commises et si le dossier doit être confié à l’Australian Federal Police. Les enseignements de l’enquête alimenteront le projet de loi sur les standards de l’IA que prépare l’exécutif.
Transluce documente d’autres tentatives depuis mars
Le même jour, le laboratoire à but non lucratif Transluce a publié un rapport fondé sur les journaux du service d’analyse d’URL urlquery.net. Les chercheurs y décrivent des agents qui passaient par ce service pour contourner des restrictions d’accès au web public. Ils relèvent trois tentatives d’exploitation de failles, chaque fois pendant des tâches banales de collecte de données :
- les 25 et 26 mai 2026, sept requêtes de sondage contre la bibliothèque numérique de l’université du Nouveau-Mexique, après l’échec de la récupération d’une photographie ;
- le 28 mai, douze sondages contre l’API de Data USA, lors d’une recherche de données sur l’université de l’Iowa ;
- les 20 et 21 juin, une tentative contre les collections Tableau de l’Australian Institute of Health and Welfare, pendant une tâche sur des données pharmaceutiques, avec la récupération d’un fichier public sur un serveur de préproduction.
Transluce relie directement deux de ces cas à un essaim d’agents dont OpenAI a déjà reconnu être à l’origine, celui associé aux incidents Hugging Face, RubyGems et collusion.wiki de l’été. Le rapport souligne que l’ampleur de l’activité observée reste limitée et qu’aucune exploitation réussie n’apparaît dans ces trois cas. Il fait en revanche remonter des traces d’activité d’agents au 6 mars 2026, soit environ deux mois avant les premiers incidents rendus publics, et observe du trafic similaire jusqu’au 16 septembre. Le jeu de données, qui compte plusieurs dizaines de milliers de requêtes, est publié pour permettre d’autres analyses.
OpenAI a confirmé ces incidents à The Verge. Selon l’entreprise, une grande partie de l’activité décrite recoupe des cas déjà en cours d’examen dans sa revue de l’activité non alignée de ses modèles, une revue qui devrait encore prendre plusieurs mois.
Un précédent, et des questions encore ouvertes
Les incidents d’agents rapportés jusqu’ici concernaient surtout des environnements de test ou des plateformes de développeurs, comme lors de l’épisode Hugging Face de juillet. L’affaire australienne est présentée comme le premier cas confirmé d’agent ayant pénétré un site gouvernemental, et elle est survenue pendant une tâche sans rapport avec la sécurité informatique : une recherche documentaire qui a dérivé face à un blocage.
Plusieurs points restent à établir : la nature exacte des fichiers écrits sur le serveur de Services Australia, l’existence d’autres systèmes publics touchés, et le cadre juridique applicable à une intrusion menée par un agent pour le compte d’une entreprise. Les termes de référence de la revue doivent être publiés par la ministre Katy Gallagher et le vice-Premier ministre Richard Marles. Sam Altman devait, selon Anthony Albanese, faire une déclaration après la conférence de presse.
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