Oracle a envoyé un avis de force majeure à Stack Infrastructure, le promoteur de Project Jupiter, le campus de centres de données prévu dans le comté de Doña Ana, au Nouveau-Mexique, où l’entreprise doit être le principal locataire. L’information a été révélée le 24 septembre 2026 par Bloomberg. Oracle affirme ne pas vouloir quitter le projet, mais se donne la possibilité de différer ses paiements si le site ne démarre pas en 2028 comme prévu.
Ce que contient l’avis
La force majeure est une clause contractuelle qui permet à une partie de suspendre ou de décaler certaines obligations lorsque surviennent des circonstances imprévues et extérieures à sa volonté. D’après Bloomberg, repris par TechCrunch, l’avis envoyé par Oracle vise précisément ce cas : si le campus rate son objectif de mise en service de 2028, Oracle pourrait retarder les loyers et paiements dus au promoteur.
Stack Infrastructure appartient au portefeuille de Blue Owl Capital, le gestionnaire d’actifs new-yorkais qui finance une partie du chantier. Dans une déclaration transmise à la presse, Blue Owl indique que « cet avis ne change pas les engagements financiers de ce projet pluriannuel ». Oracle, de son côté, assure que Project Jupiter « reste dans le calendrier prévu » et que l’entreprise est « pleinement engagée au Nouveau-Mexique ». Selon l’Albuquerque Journal, le groupe présente ces avis comme une pratique courante, destinée à préserver des droits contractuels.
Un site central du programme Stargate

Project Jupiter fait partie des cinq nouveaux sites annoncés en septembre 2025 par OpenAI, Oracle et SoftBank pour Stargate, le programme d’infrastructure de calcul d’OpenAI. Le campus s’étend sur environ 1 400 acres (quelque 570 hectares) près de la frontière mexicaine, avec quatre grands centres de données alimentés par un micro-réseau électrique sur site, dimensionné pour 2,45 gigawatts.
Le 19 septembre 2025, la commission du comté de Doña Ana a approuvé par quatre voix contre une jusqu’à 165 milliards de dollars d’obligations industrielles (industrial revenue bonds) pour le projet, présenté comme le plus gros investissement privé de l’histoire de l’État. L’Albuquerque Journal compte aujourd’hui plus de 3 600 ouvriers sur le chantier.
Gazoduc, permis et tribunaux : les retards accumulés
L’avis d’Oracle intervient après une année de contentieux, retracée par Searchlight New Mexico :
- 20 mars 2026 : la commissaire aux terres de l’État, Stephanie Garcia Richard, refuse les droits de passage du gazoduc sur les terres publiques de l’État. Elle confirme ce refus le 14 juillet.
- 27 avril : Oracle et BorderPlex abandonnent les turbines à gaz au profit de piles à combustible Bloom Energy, ce qui ramène les émissions projetées de 14 à 10,1 millions de tonnes d’équivalent CO₂ par an.
- 6 mai : le Bureau of Land Management autorise un gazoduc d’environ 18 miles (29 km) après une procédure d’urgence de 14 jours.
- 23 août : la Cour suprême du Nouveau-Mexique suspend les procédures sur l’usage de l’eau et le permis de qualité de l’air. Elle lève cette suspension le 17 septembre.
Selon TechCrunch, le gazoduc d’Energy Transfer qui doit alimenter le site accuse près de six mois de retard, avec une nouvelle date cible fixée au 1er février 2027, après un changement de tracé consécutif aux refus. Le permis de qualité de l’air des piles à combustible reste en instruction, avec une échéance fixée par l’État au 23 novembre.
Réaction des marchés et opposition locale
L’action Oracle a reculé de plus de 3 % après l’annonce, à 139,54 dollars selon l’Albuquerque Journal, loin du sommet de 248 dollars atteint en juin. Sur le plan politique, la représentante démocrate Teresa Leger Fernández a demandé une pause dans le développement des centres de données, au nom des enjeux d’eau et d’environnement soulevés par les habitants.
Ce que l’avis ne dit pas
Le texte de l’avis n’est pas public : son contenu n’est connu qu’à travers Bloomberg et les déclarations des deux sociétés. Aucune des parties n’a indiqué de nouvelle date de mise en service, ni chiffré les paiements qui pourraient être différés. L’issue dépend désormais de deux échéances concrètes : la décision sur le permis de qualité de l’air, attendue d’ici le 23 novembre, et la livraison du gazoduc, prévue le 1er février 2027. Tant que ces deux conditions ne sont pas remplies, le calendrier de 2028 affiché pour l’un des principaux sites de Stargate reste suspendu à des décisions administratives et judiciaires.
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