Donald Trump a signé le 29 septembre 2026 un décret présidentiel intitulé « Inaugurating the Era of Super Intelligence ». Le texte demande aux ministères et agences fédérales d’employer « Super Intelligence » et « SI » partout où ils écrivaient jusqu’ici « Artificial Intelligence » et « AI », et de ne plus reconnaître ces deux derniers termes dans les contextes concernés. La définition juridique de la technologie, elle, ne change pas.
Ce que prévoit le décret
Le texte tient en quatre sections. La première expose la justification : les systèmes actuels « font bien plus qu’imiter ou automatiser des aspects isolés de l’intelligence humaine », et le terme apparu il y a soixante-dix ans ne rendrait plus compte de leurs capacités. La politique fixée est d’utiliser « Super Intelligence » et « SI » à la place d’« Artificial Intelligence » et « AI », « dans toute la mesure permise par la loi », et de ne plus reconnaître l’usage des anciens termes « dans tout cadre applicable ».
La section 2 précise le périmètre : correspondance officielle, communication publique, sites web, rapports, documents de politique publique et autres documents non législatifs de l’exécutif. Elle exclut explicitement les textes déjà publiés : règlements, actes présidentiels, contrats, subventions et documents historiques n’ont pas à être modifiés.
La section 3 porte sur la définition. Pour l’application du décret, « Super Intelligence » désigne exactement ce que couvre le terme « artificial intelligence » au sens de la section 9401(3) du titre 15 du Code des États-Unis. Il s’agit de la définition issue du National Artificial Intelligence Initiative Act de 2020 : un système fondé sur une machine capable, pour un ensemble d’objectifs définis par l’humain, de produire des prédictions, des recommandations ou des décisions qui influencent des environnements réels ou virtuels.
Le même article confie à l’assistant du président pour la science et la technologie un délai de 60 jours pour proposer un texte de loi établissant une définition fédérale de « Super Intelligence ». La proposition doit évaluer si cette définition doit modifier, élargir ou remplacer la définition légale existante, lister les amendements de cohérence nécessaires dans les lois qui mentionnent « artificial intelligence », et recommander d’éventuelles mesures exécutives complémentaires. L’échéance tombe fin novembre 2026.
Un changement de vocabulaire, pas de droit
Un décret présidentiel s’impose à l’administration fédérale, pas à la loi. Les lois votées par le Congrès qui emploient « artificial intelligence » restent rédigées ainsi, et la définition de 2020 continue de s’appliquer jusqu’à un éventuel vote. Le décret le reconnaît lui-même : la définition qu’il pose vaut « jusqu’à ce qu’elle soit remplacée par une action présidentielle ultérieure ou par une loi du Congrès ».
La fiche d’information publiée par la Maison-Blanche reprend ces éléments et ajoute l’argument de politique industrielle : les États-Unis seraient « le leader mondial de la Super Intelligence » et l’État fédéral devrait employer un nom qui reflète « la pleine promesse » de ces technologies. Les clauses générales habituelles figurent en section 4 : le texte ne crée aucun droit opposable et s’applique dans la limite des crédits disponibles. Les frais de publication sont imputés au Bureau de la politique scientifique et technologique.
Le 30 septembre au matin, le menu du site de la Maison-Blanche affichait encore les rubriques « Lead the World in AI » et « AI.Gov ». Les actes antérieurs liés au décret, comme celui du 23 janvier 2025, « Removing Barriers to American Leadership in Artificial Intelligence », gardent leur titre, conformément à l’exemption de la section 2.
Un terme qui désigne autre chose dans la recherche
Dans la littérature scientifique et dans le discours des laboratoires, « superintelligence » ne désigne pas l’ensemble des systèmes d’IA. Le terme, popularisé par le philosophe Nick Bostrom en 2014, décrit un niveau hypothétique de capacité qui dépasserait largement celui des humains dans la plupart des domaines. Plusieurs laboratoires l’emploient pour parler d’un objectif futur, pas de leurs produits actuels : Meta a baptisé sa division de recherche Meta Superintelligence Labs en 2025, et OpenAI présente la superintelligence comme un horizon.
Le décret fait l’inverse : il attache ce mot à une définition légale très large, qui couvre aussi bien un grand modèle de langage qu’un algorithme de recommandation ou un système de détection de fraude. Dans les documents de l’exécutif, un système de détection de fraude relevant de la définition de 2020 devient ainsi, formellement, une « Super Intelligence ». C’est précisément ce décalage que la proposition législative attendue dans 60 jours devra trancher, en disant si la nouvelle définition reste calquée sur l’ancienne ou si elle se restreint aux systèmes les plus avancés.
Le contexte de la signature
Selon The Verge, Donald Trump avait évoqué ce changement de nom la semaine précédente devant l’Assemblée générale des Nations unies. Il l’a justifié le 29 septembre lors du lancement du portail America.gov : « Le mot super est le meilleur de tous, et le plus simple », en ajoutant que le terme « artificiel » évoquait selon lui les « fake news ».
Le décret a été signé après un déjeuner à la Maison-Blanche réunissant des dirigeants du secteur technologique, dont Jensen Huang (Nvidia) et Elon Musk. À l’issue de la rencontre, le président a évoqué la conviction partagée qu’il devrait y avoir « une autorégulation considérable » du secteur, en précisant que la régulation existait déjà via le ministère de la Justice et le FBI. Aucune mesure de régulation nouvelle n’accompagne le décret.
La signature intervient la même semaine que plusieurs dossiers de sécurité très médiatisés côté laboratoires, dont la suspension par OpenAI de l’usage d’outils sur ses modèles les plus capables et les avertissements sur les risques extrêmes inscrits par Anthropic dans son prospectus d’introduction en Bourse. Le décret ne contient aucune disposition sur ces sujets : il porte uniquement sur la terminologie et sur la préparation d’une future définition légale.
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